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HQE pour les bâtiments. Quand la norme sur la conduite du changement?

Icade (promoteur immobilier) et le CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) ont réalisé une étude sur le retour d’expérience des premiers bâtiments HQE Tertiaire, commandée par l’ADEME. Ce rapport détaille les performances « réelles » des trois premiers bâtiments certifié HQE et lève le voile sur un certain nombre de constats sur la conception, l’exploitation et leurs vraies performances notamment énergétiques. Qu’en est-il exactement ?

L’objectif de ce rapport était d’analyser les innovations initiées par des maîtres d’ouvrage et des gestionnaires du secteur privé engagés dans une démarche volontaire de recherche d’efficacité énergétique via la certification HQE. Rappelons qu’avec une consommation moyenne d’énergie finale annuelle de 280 kWh/m².an (source « Fondation Bâtiment Energie »), les bâtiments de bureaux ont, tout comme leurs « confrères » résidentiels, beaucoup de progrès à faire. Les 3 bâtiments qui ont participé à l’étude sont le 270 du parc EMGP d’Icade, le Millénaire du parc du Millénaire d’Icade et le bâtiment de formation de l’Ineris. Plusieurs dizaines de bâtiments tertiaires sont déjà certifiés HQE®, cependant malgré ces premières réalisations, la plupart des maîtres d’ouvrage redoutent encore de s’engager résolument dans l’efficacité énergétique. Le retour d’expérience est donc nécessaire pour capitaliser et diffuser les bonnes pratiques. Le rapport de l’étude note que l’immobilier a parfois tendance à « se complaire dans la performance papier », rendant les résultats d’une étude comme celle-ci encore plus importants.

L’étude a basé son analyse sur les 4 axes suivants :

D’un point de vue performances, le résultat est pour ces 3 exemples sans appel : le bâtiment 270 avait un objectif de 120 kWh/m².an, alors que l’étude a montré une consommation réelle exactement égale au double, soit 240 kWh/m².an. Pour le Millénaire, l’objectif était identique au 270 et le mesuré arrive à 217 kWh/m².an. Enfin chez Ineris, le résultat est plus nuancé puisque l’objectif situé à 130 kWh/m².an n’a été dépassé « que » de 32 kWh/m².an, portant la consommation réelle à 162 kWh/m².an.

Alors quelles sont les causes de ces débordements ? Elles sont multiples et comme vous vous en doutez, plutôt complexes. L’idée n’est pas de jeter la pierre à ces sociétés qui participent à « essuyer les plâtres », mais plutôt d’analyser les erreurs pour en tirer parti et éviter qu’elles se reproduisent.

Je vous propose de rentrer dans le détail d’un des 3 exemples cités ci-dessus, le bâtiment 270. Premièrement, l’étude met en avant « une exploitation technique plus complexe que prévue ». La complexité n’est cependant pas perçue comme induite explicitement par la HQE, mais plutôt par des choix de conception privilégiant des solutions de technologie avancée. C’est notamment l’installation informatique de gestion technique de bâtiment qui cristallise cette sophistication jugée extrême par les exploitants. C’est donc bien la question de l’apparition d’un nouveau cadre d’exercice des métiers d’exploitation du bâtiment qui se trouve posée. Ensuite, l’un des principaux facteurs de cette surconsommation par rapport aux prévisions, c’est la nature des activités présentes au 270 : des sociétés liées à la communication, la presse, le multimédia. Là où était prévu un fonctionnement en tranches horaires « classiques », on se retrouve avec un fonctionnement 24/24h, qui bien évidemment plombe la consommation. Ou encore, le fonctionnement automatisé des stores (prévu pour réguler l’ensoleillement dans le bâtiment) : outre un problème de conception (beaucoup de moteurs sont tombés en panne du à l’effet de serre induit par les occultations dans les vitrages), les utilisateurs ne se sont jamais appropriés le fonctionnement automatisé (le bâtiment gère les stores au niveau façade, ce qui génère un bruit non négligeable). Désactivé assez rapidement, il a déséquilibré et augmenté les besoins en chauffage/climatisation.

Outre les aspects techniques, l’un des points-clés reste la conduite du changement, l’appropriation du bâtiment par les utilisateurs. Il est possible de garantir une performance sur le papier, mais garantir un résultat est une autre histoire. Dans le domaine du développement durable en général, le comportement humain est un point-clé, voir le plus important dans certains cas. Il peut faire la différence dans le bon sens, comme dans le mauvais.

Que ce soit à la maison avec les petits gestes (ou les plus gros), ou au bureau comme dans l’exemple donné dans cet article, la formation, l’explication et plus généralement « susciter l’envie de faire mieux » sont des points cruciaux. Force est de constater que dans les premiers exemples de cette étude, les efforts de conception, de réalisation et d’exploitation de ces bâtiments ont été souvent perçus par les utilisateurs comme « une vitrine high-tech » les connotant ainsi d’innovation mais aussi de fragilité. Alors à quand des normes spécifiques pour la conduite du changement environnementale, pour définir des bonnes pratiques utilisables dans la plupart des cas afin d’assurer une implication optimale des usagers ?

Dans un souci de clarté et de concision, beaucoup de points de l’étude ont été volontairement éludés ici. Si vous souhaitez entrer dans le détail, vous trouverez le rapport complet à cette adresse.

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Commentaires

Sur le bâtiment 270, le résultat n’est nullement surprenant – en tant qu’architecte j’ai utilisé, il y a 10 ans les régulations automatiques par ordinateur sur un site EDF – personne n’était capable de comprendre la complexité de la « chose », résultat catastrophique – un autre problème avec la régulation par ordinateur sur un bâtiment public : savoir si la panne vient d’un élément technique ou… du logiciel ! une vraie galère… les formules les plus simples sont les meilleures…
Marcel MIRANDE
Architecte

Bonjour Marcel,
Merci pour ce retour intéressant : Cela étant, ne pensez-vous pas qu’une bonne partie, voire tout le problème est lié à la formation ainsi qu’à la maîtrise des usages?
Que ce soit sur l’utilisation ou sur l’exploitation, l’usage de l’outil informatique rentre de plus en plus dans les moeurs courantes, même si la domotique tient une place encore trop marginale par rapport aux avantages qu’elle pourrait avoir dans des bâtiments tertiaires.

Après, je suis entièrement d’accord avec vous et c’est d’ailleurs l’objet de cet article : il y a trop peu de formation ou d’éducation autour de ces questions.

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